Au Carmel

Au terme de l’année scolaire 1930-1931, Lucien reçoit la permission de quitter le diocèse de Rouen pour entrer au Carmel le 28 août 1931.

Du 14 septembre 1931 au 15 septembre 1932, il effectue son noviciat à Lille.

14 septembre 1931 : prise d’habit où il prend le nom de frère Jacques de Jésus. « J’ai trouvé au Carmel tout ce que j’attendais et dont j’avais un profond besoin.(…) Ma vie est tout enveloppée de silence et s’écoule presque totalement au chœur dans une affectueuse rencontre avec Dieu, ou en cellule où je rencontre encore le Bon Dieu, comme d’ailleurs partout. »

15 septembre 1932 : il prononce ses premiers voeux.

« Notre temps n’a de valeur que ce qu’il vaut aux yeux du Bon Dieu. Or le Bon Dieu ne regarde pas à quoi nous sommes occupés, mais à l’amour que nous mettons à faire ce que nous faisons. Ne soyons jamais affairés, mais aimons beaucoup. »

Communauté des Carmes d'Avon en 1941 (le père Jacques est au premier rang, le troisième en partant de la droite)

Communauté des Carmes d’Avon en 1941 (le père Jacques est au premier rang, le troisième en partant de la droite)

Le 15 mars 1934, le Conseil Provincial décide de fonder un collège à Avon. La direction est confiée au Père Jacques. Tout est à faire.

12 octobre 1934 : ouverture du Petit Collège.

« Je me sens douloureusement petit et inexpérimenté en face de la tâche que l’on m’a confiée, et il faut que je reçoive tout d’En-Haut » Il dira lui- même :« J’ai l’impérieux devoir d’être tout entier à ma tâche essentielle, qui est de bien mettre en route cette maison et de lui infuser une âme. » Un éducateur résume bien l’attitude du Père Jacques, éducateur : « Sa charité se fait tellement envahissante que le Père Jacques ne s’appartient plus. Il est à tous, il se donne à tous. Son travail, ses élèves, son rôle de directeur de collège l’absorbent complètement. Toujours souriant, même quand on vient le déranger, il ne refuse jamais d’écouter qui que ce soit, il fournit un labeur incroyable » . Mais pour lui, l’éducation n’a qu’un but :« Soyons courageux, le vrai but de toute éducation humaine doit être la sainteté. »

En 1938, la situation internationale se dégrade. « Je crois que nous vivons un temps où il est très indiqué de »veiller« . Brusquement les événements les plus divers peuvent exiger de nous le sacrifice de notre vie. Comme il est bon, en de pareils temps, de s’abandonner sans inquiétude ni vaine crainte entre les mains de la Divine Providence. »

3 septembre 1939 : déclaration de guerre.

Père Jacques en uniforme

Père Jacques en uniforme

Mobilisation générale. Le maréchal des logis-chef Bunel rejoint la 21e batterie de repérage dans l’Est à Bazailles puis à Remenoncourt.

Pour faire un lien entre les différents postes de la batterie il crée un journal, « Central Ecoute ». « L’art de vivre la guerre comporte des préceptes, comme l’art d’aimer ou l’art de vieillir. Ils se résument dans ces deux principes : vivre la guerre en hommes, la vivre pour devenir plus homme. »

En même temps, pour maintenir les relations entre les élèves, il continue « En famille » qui deviendra « En famille quand même. »

Prisonnier à Lunéville le 18 juin 1940, il est libéré en novembre.

Janvier 1941 : réouverture du Petit Collège.

« Au moment où modestement recommence la vie du Collège, sans rien retenir du passé que ses leçons et ses souvenirs, avec toute notre foi, nous nous tournons vers l’avenir, un avenir dur, difficile, sans doute, exigeant, mais pour cela, intéressant. (…) Epanouir son être pour le mener à la perfection équilibrée dans ses diverses puissances, c’est réaliser une vivante prière. »

En 1943, en accord avec son Provincial, le Père Jacques accueille et cache trois enfants juifs pour les sauver de la déportation et les inscrit sous des noms d’emprunt. Il a aussi des liens avec la Résistance pour permettre à des hommes d’échapper au S. T. O. Il dit à Matthieu Ferrari, caché à Avon : « Si vous connaissez des personnes en difficulté, n’hésitez pas à me les adresser. »

15 janvier 1944 : arrestation du Père Jacques et des trois enfants juifs par la Gestapo. Tous les élèves sont rassemblés dans la cour pour l’appel. Alors sortent les trois enfants suivis du Père Jacques.

– « Au revoir, les enfants ! A bientôt ! » – « Au revoir, mon Père », répondent d’un cri, élèves et professeurs en applaudissant.

A 15h05, les scellés sont posés sur les portes du Petit Collège.